Comprendre le DPE et son rôle dans la politique énergétique française
Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) est aujourd’hui au cœur de la stratégie française de rénovation du parc immobilier. Introduit pour mesurer la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre d’un logement, il classe les biens de A (très performant) à G (très énergivore). Depuis la réforme de juillet 2021, ce diagnostic est devenu opposable, c’est-à-dire juridiquement contraignant, ce qui transforme profondément les obligations des propriétaires bailleurs.
La France s’est fixé un objectif ambitieux : éliminer progressivement les passoires thermiques du marché locatif d’ici 2034. Ce calendrier, échelonné sur plus d’une décennie, impose des interdictions successives qui concernent des millions de logements et des centaines de milliers de propriétaires. Comprendre précisément ce calendrier est devenu une nécessité absolue pour tout investisseur, propriétaire ou locataire souhaitant anticiper les évolutions réglementaires.
Le calendrier officiel des interdictions de location : étape par étape
2022 : Le gel des loyers pour les logements classés F et G
La première restriction est entrée en vigueur le 24 août 2022. Depuis cette date, les propriétaires de logements classés F ou G ne peuvent plus augmenter le loyer entre deux locataires (lors d’un changement de bail) ni en cours de bail. Cette mesure, inscrite dans la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, constitue le premier signal fort adressé aux propriétaires de passoires thermiques.
Cette règle s’applique en zone tendue comme hors zone tendue, et concerne aussi bien les locations vides que les locations meublées.
1er janvier 2023 : Interdiction des logements G+ à la location
À compter du 1er janvier 2023, les logements classés G, dont la consommation énergétique dépasse 450 kWh d’énergie finale par mètre carré et par an, sont interdits à la location pour tout nouveau contrat de bail. Ces logements, considérés comme les plus énergivores, représentent la frange la plus dégradée du parc immobilier français.
Il est essentiel de souligner que cette interdiction ne s’applique pas aux baux en cours : un propriétaire dont le locataire est déjà en place n’est pas contraint de mettre fin au bail. En revanche, il ne peut pas signer un nouveau contrat, que ce soit avec un nouveau locataire ou lors d’un renouvellement formel.
1er janvier 2025 : Tous les logements classés G interdits à la location
L’étape suivante du calendrier est l’interdiction totale des logements classés G à compter du 1er janvier 2025. Contrairement à l’étape précédente, celle-ci ne se limite plus aux G+, mais concerne l’ensemble de la classe G, quelle que soit la consommation exacte.
Cela représente environ 600 000 à 800 000 logements en France. Les propriétaires concernés doivent donc engager des travaux de rénovation énergétique pour rehausser leur bien à minima en classe F, sous peine de ne plus pouvoir le louer légalement.
1er janvier 2028 : Interdiction des logements classés F
Le 1er janvier 2028 marque une nouvelle étape décisive : les logements classés F seront à leur tour interdits à la location. Cette catégorie représente un volume bien plus important que les seuls G, avec plusieurs millions de biens concernés à l’échelle nationale.
Les propriétaires disposent donc d’un délai jusqu’en 2028 pour engager des travaux permettant d’atteindre au minimum la classe E. Des travaux typiques pour sortir un logement de la classe F peuvent inclure :
- L’isolation des combles et des murs (souvent la priorité n°1)
- Le remplacement du système de chauffage (passage à une pompe à chaleur, par exemple)
- L’installation de double ou triple vitrage
- L’amélioration de la ventilation (VMC double flux)
1er janvier 2034 : Interdiction des logements classés E
L’horizon final du calendrier DPE est fixé au 1er janvier 2034, date à laquelle les logements classés E seront également interdits à la location. À cette échéance, seuls les logements classés A, B, C ou D pourront légalement être proposés à la location sur le territoire français.
Cette ambition place la France parmi les pays européens les plus exigeants en matière de performance énergétique des logements locatifs. L’objectif est d’aligner le parc immobilier français avec les engagements climatiques pris dans le cadre de l’Accord de Paris et de la stratégie nationale bas-carbone.
Les exceptions et cas particuliers à connaître absolument
Le calendrier DPE comporte plusieurs exceptions notables que les propriétaires doivent impérativement connaître.
Les logements en copropriété avec vote de travaux bloqué
Lorsqu’un propriétaire bailleur souhaite effectuer des travaux dans une copropriété, il peut se heurter à un refus de l’assemblée générale. Dans ce cas, une clause d’exonération est prévue : si le propriétaire peut prouver qu’il a proposé les travaux nécessaires en AG et qu’ils ont été rejetés par la majorité des copropriétaires, il peut être temporairement exempté de l’interdiction de louer.
Les logements en zone de montagne
Certains logements situés en altitude ou dans des zones climatiques spécifiques bénéficient d’un traitement différencié. Le DPE tient compte des conditions climatiques locales, et des ajustements peuvent s’appliquer pour les logements situés dans des régions où les besoins en chauffage sont structurellement élevés.
Les logements anciens classés monuments historiques
Les bâtiments classés ou inscrits au titre des monuments historiques bénéficient d’une dérogation partielle, dans la mesure où les travaux de rénovation thermique peuvent être incompatibles avec les obligations de préservation du patrimoine architectural.
Les aides financières pour accompagner les propriétaires
Face à l’ampleur des travaux à réaliser, l’État a déployé un ensemble d’aides financières pour accompagner les propriétaires dans la rénovation de leurs biens.
MaPrimeRénov’
Le dispositif MaPrimeRénov’ est l’aide principale accessible aux propriétaires occupants et bailleurs. Son montant varie en fonction des revenus du foyer et de la nature des travaux réalisés. Depuis 2024, le dispositif a été renforcé pour favoriser les rénovations globales plutôt que les gestes isolés.
L’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ)
L’éco-PTZ permet de financer des travaux de rénovation énergétique sans payer d’intérêts, pour un montant pouvant aller jusqu’à 50 000 € pour une rénovation globale. Ce prêt est cumulable avec MaPrimeRénov’.
Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE)
Les CEE obligent les fournisseurs d’énergie à financer des travaux d’économies d’énergie chez les particuliers. Les propriétaires peuvent en bénéficier directement ou via des plateformes agréées, sous forme de primes ou de réductions sur les travaux.
La TVA à taux réduit
Les travaux de rénovation énergétique dans des logements de plus de deux ans bénéficient d’un taux de TVA réduit à 5,5 %, contre 20 % pour les constructions neuves. Cela représente une économie substantielle sur le coût total des travaux.
Quelles sanctions pour les propriétaires ne respectant pas les interdictions ?
Si la loi interdit clairement la mise en location de logements non conformes, les sanctions directes restent encore en cours de définition réglementaire. Toutefois, les risques pour les propriétaires sont réels :
- Nullité du bail ou action en réduction de loyer de la part du locataire
- Obligation de travaux imposée par le tribunal judiciaire
- Blocage de la vente du bien si le DPE est défavorable et que l’acquéreur invoque un vice caché
- Perte de valeur patrimoniale significative pour les biens non rénovés
Les locataires disposent quant à eux de recours juridiques croissants pour contraindre les propriétaires à respecter leurs obligations.
Stratégie recommandée pour les propriétaires bailleurs
Face à ce calendrier serré, nous recommandons aux propriétaires d’adopter une stratégie proactive articulée en trois temps :
- Faire réaliser un DPE actualisé pour connaître précisément la classe énergétique de chaque bien concerné
- Consulter un conseiller France Rénov’ pour identifier les travaux prioritaires et les aides mobilisables
- Planifier les travaux dès maintenant, en priorisant les gestes les plus efficaces (isolation, chauffage) avant les échéances réglementaires
Attendre la dernière minute expose les propriétaires à une saturation des artisans RGE (Reconnu Garant de l’Environnement), à des délais de chantier allongés et à des coûts potentiellement plus élevés.
Anticiper pour rester dans la course
Le calendrier DPE dessine une révolution silencieuse mais inéluctable du marché locatif français. De 2023 à 2034, les interdictions successives vont remodeler profondément l’offre de logements disponibles à la location. Les propriétaires qui anticipent dès aujourd’hui bénéficieront d’un avantage concurrentiel certain, tout en contribuant à la transition énergétique nationale.
Nous vous encourageons vivement à ne pas attendre les échéances pour agir : la rénovation énergétique est à la fois une obligation légale, un investissement patrimonial et un acte citoyen en faveur du climat.



